Entretien avec Série Time

marion_04_white_LONDRESComment vous est venue l’idée du livre Découvrir Londres en séries ?

Découvrir Londres en Séries (éd Huginn et Muninn) est le second volume d’une collection qui a démarré avec New York et qui associe mon expertise des séries à l’envie d’encourager l’exploration urbaine. Après des études en histoire du cinéma et télévision, j’ai déménagé à New York où j’ai travaillé pendant presque cinq ans au Museum of the Moving Image. Je suis revenue à Paris en 2012 avec en bagage une extrême nostalgie pour la Grosse Pomme ! À l’époque, je faisais partie de l’équipe de rédaction du blog Séries Chéries et j’ai proposé un article consacré à l’image de New York dans les séries. J’ai suivi une trame chronologique des années 1990 à nos jours, de Seinfeld à Billions, sans oublier Sex and the CityMad Men etc., avec une comparaison entre l’avant et l’après 11 septembre.

Le projet a pris de l’ampleur quand j’ai réalisé que je voulais écrire beaucoup plus sur le sujet ! J’ai toujours eu une passion pour l’analyse socio-culturelle des films et des séries — ce qu’ils peuvent nous révéler sur l’époque et l’endroit où ils ont été conçus/filmés — et j’ai pitché l’idée à un éditeur qui m’a tout de suite donné le feu vert. Nous avons réfléchi ensemble au meilleur format et le concept de livres hybrides entre guides de voyage et essais sur la représentation des villes dans les séries s’est imposé. Je me suis lancée dans les recherches et l’écriture et j’ai ensuite travaillé à l’adaptation en langue anglaise, intitulée Binge Watching New York. Lorsqu’il a été temps de mettre en chantier le volume 2, Londres s’est imposée. Entre-temps, j’avais quitté la France pour l’Angleterre et j’étais devenue fascinée par cette autre capitale sériephile qui dégage une énergie complètement différente de celle de New York. J’ai adoré me plonger dans l’histoire et la culture et du paysage télévisé britannique.

De nombreuses séries se passent à Londres. Comment avez-vous fait votre choix, pourquoi avoir choisi de parler de telle série plutôt qu’une autre ?

Si l’on considère que New York et Londres sont des puzzles, alors chaque série qui s’y déroule est une pièce de l’ensemble. En les associant, c’est toute la ville qui est révélée. Cela étant dit, il aurait été difficile d’être totalement exhaustive et ce n’est pas l’approche qui me paraissait la plus pertinente. Dans les choix éditoriaux, j’ai gardé à l’esprit le principe fondateur de la collection : les séries doivent absolument avoir des choses à nous montrer sur la ville (à la fois dans leurs décors, personnages, narration) et refléter une ou plusieurs facettes de l’identité urbaine. Ainsi, même des productions comme Friends ou Mad Men, qui ont été tournées essentiellement en studio à Los Angeles, sont capables de nous en dire long sur un mode de vie ou un milieu new-yorkais spécifique. Chaque chapitre de Découvrir New York & Découvrir Londres en Séries est consacré à une série ou à un genre emblématique, avec une introduction approfondie suivie d’une visite guidée sur mesure.

Pour Londres, j’ai privilégié l’approche thématique : les séries costumées, gothiques, l’humour anglais, la science-fiction, les rom-coms… Il fallait trouver des contenus riches et adéquats pour chacun de ces angles d’analyse. Pour le Londres royal, j’avais l’embarras du choix avec de nombreuses productions historiques ou contemporaines, dramatiques ou comiques. Mon point de départ fut The Crown, une série à la fois populaire, très bien documentée, filmée dans les rues de Londres, et pour laquelle j’ai eu un coup de cœur. Pour moi, c’était une évidence de donner à Elizabeth II une place de taille étant donnée sa relation d’amour-haine avec les médias et la télévision en particulier. Je lui ai associé Victoria, avec la série du même nom, et le chapitre a pris une teinte féminine via le parcours de ces deux reines qui ont eu une influence incroyable sur la monarchie anglaise au 19ème et 20ème siècles. Je n’ai pas négligé des shows qui, même si moins connus, m’ont permis d’explorer des pistes d’études fascinantes. Je pense notamment au chapitre sur le Londres gothique et toute la mythologie qui entoure le terrifiant Jack l’éventreur (Ripper StreetWhitechapel). Enfin, mon éditeur américain m’a demandé de sélectionner des œuvres qui étaient largement diffusées aux États-Unis. Suivant ce critère, j’ai intégré au chapitre séries costumées, le plus gros succès anglais à l’export : Downton Abbey. Le show se passe à la campagne dans le Yorkshire, mais il y a plusieurs scènes et des épisodes entiers tournés à Londres qui révèlent d’autres traits de la personnalité des membres de la famille Crawley.

En plus des lieux visibles dans les séries, on trouve des suggestions d’endroits qui rappellent l’ambiance de la série ou les personnages. Les connaissiez-vous déjà, ou au contraire, vos recherches vous ont-elles permis de faire des découvertes ?

Chaque balade contient des lieux de tournage incontournables et des adresses iconiques : Magnolia Bakery pour Sex and the City, l’immeuble de Sherlock ou de Friends, des monuments utilisés dans Doctor Who… Cependant, je voulais absolument éviter l’effet catalogue. C’est pourquoi j’ai construit des parcours originaux qui, au-delà des lieux de pèlerinages sériephiles les plus célèbres, entraînent les fans hors des sentiers battus et des circuits trop touristiques. En priorité, la visite guidée doit rester cohérente avec l’esprit de la série, du thème, ou du style de vie des personnages en question, mais elle va plus loin pour encourager la découverte. Ces suggestions inédites sont des endroits filmés que je connaissais déjà, des coins fétiches que je voulais partager avec les lecteurs, ou encore des spots sur lesquels je suis tombée dans mes recherches et visionnage.

Par exemple, pendant un moment j’étais obnubilée par le fait de trouver la maison exacte de Catastrophe. C’est gratifiant d’atteindre ce niveau de précision, mais je suis tout autant ravie de recommander des adresses shopping qui ne figurent dans aucun épisode, du moment qu’elles permettent aux fans de reproduire le look iconoclaste de l’héroïne Sharon ! Et puis il y a des clins d’œils : dans le chapitre sur les têtes couronnées, je mentionne Violet Bakery dans le quartier de Hackney parce que c’est la pâtisserie qui a réalisé le gâteau de mariage de Meghan et Harry, mais surtout c’est un endroit fabuleux pour le goûter. Au final, tout le monde doit y trouver son compte. Comme pour tout guide, on court le risque de voir des endroits fermer, j’ai donc travaillé avec un web développeur afin de rendre les cartes disponibles en ligne et les actualiser si besoin. On peut ainsi naviguer simplement avec un téléphone portable et être certain que les endroits listés sont toujours ouverts/accessibles.

Londres, New York en séries, est-ce que d’autres livres vont venir s’ajouter à la collection ?

Chaque guide demande un travail énorme, surtout qu’ils ont été conçus pour être à la fois informatifs, pratiques, dépaysants et beaux, avec un design léché et des centaines de photos. Une nouvelle ville dans la collection est un merveilleux prétexte pour plonger le visiteur dans d’autres récits de fiction et dans les traditions d’un pays, pour parler de l’architecture d’un quartier ou encore des questions de gentrification, le tout d’une manière décalée et stimulante. La destination qui m’inspire en ce moment est Los Angeles, une ville qui contient une multitude de villes en elle-même, pour ainsi dire. C’est le berceau de la création hollywoodienne et on y retrouve tous les genres télévisés classiques : le polar, les comédies romantiques, et même des séries sur les coulisses des séries. Rien n’est confirmé pour la sortie, mais j’ai commencé les recherches.

Et pour finir, quelle est votre série londonienne préférée, ou coup de cœur du moment ?

Ma série londonienne préférée est Fleabag, que je traite dans le chapitre sur les rom-coms, en bonne compagnie avec Catastrophe. Ces deux séries m’ont accompagnée depuis mon installation en 2015 et je ne me lasse pas de regarder Fleabag encore et encore, tellement la qualité de l’écriture et des performances est à couper le souffle. Ces excellentes comédies décalées sont très représentatives d’un format anglais court avec des saisons de six épisodes de 20 minutes. C’est percutant et rafraîchissant à l’ère du binge watching, où c’est souvent la quantité qui l’emporte sur la qualité. Pour New York, j’ai un faible pour des shows récents qui auront une place élargie dans le guide si jamais on fait une réédition : SuccessionPoseThe Bold TypeMrs Maisel.

Pour la critique et l’entretien complet, c’est par ici.

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